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« Les certifications nous garantissent l'accès aux marchés publics de la construction »

Claudia Furger

Claudia Furger

Publié le : 26.05.2026

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environ 4 minutes

Les pouvoirs adjudicateurs exigent de plus en plus de certifications. Pour rester dans la course, il faut être à la hauteur. Est-ce judicieux ou cela restreint-il la concurrence ? Entretien avec Louis Pfister, Global Head Quality chez Implenia. Selon le controlling des achats de l'administration fédérale, l'entreprise figure parmi les fournisseurs du secteur de la construction ayant réalisé le plus gros chiffre d'affaires en 2024.

Monsieur Pfister, Implenia construit des routes, des tunnels ou des ponts pour l’Etat. Quel rôle jouent les certifications dans les marchés publics ?

Elles sont cruciales. Les pouvoirs adjudicateurs imposent des exigences de plus en plus nombreuses et variées. Le maintien de nos certifications revêt donc une importance stratégique évidente et nous garantit l'accès au marché du secteur public.

 

Selon vous, ces exigences croissantes constituent-elles une évolution positive ?

Dans l'ensemble, oui. Il faut saluer l'attention accrue portée à la qualité, à la sécurité au travail, à l'environnement et à la durabilité. Cela garantit que les fonds publics sont alloués à des entreprises qui maîtrisent leurs processus.

 

Mais vous y voyez aussi des aspects critiques ?

Oui. Le problème survient lorsque les exigences de certification deviennent un simple critère d'exclusion, sans que l'on s'interroge sur leur contribution réelle à la qualité des prestations ou sur la mise en œuvre du système certifié au sein de l'entreprise.

Louis_Pfister_Implenia

Louis Pfister est entré chez Implenia à l’automne 2018 où il a occupé divers postes dans les domaines de l'excellence opérationnelle, du lean management et de la qualité. Depuis juin 2025, il travaille en tant que Global Head Quality. 

Que voulez-vous dire ?

Un certificat en soi n'apporte pas encore de valeur ajoutée directe au donneur d'ordre. Ce qui importe, c'est le système qui le conditionne et la manière dont il est mis en œuvre dans le cadre du projet.

 

Pouvez-vous nous en dire plus ?

Les normes laissent sciemment une grande marge de manœuvre au niveau de leur mise en œuvre. Deux entreprises peuvent être certifiées selon la même norme, tout en ayant des niveaux de qualité très différents. Un certificat indique simplement un certain niveau minimum de maturité des processus. Il est capital que le donneur d'ordre définisse clairement ses objectifs de qualité et ne laisse pas au seul prestataire le soin de mettre en place le système de management de la qualité dans le cadre du projet, mais qu'il y participe activement. Seul un système porté conjointement permet d'exploiter pleinement le potentiel du certificat.

En 2024, les achats de l'administration fédérale centrale se montaient à un total de 7,82 milliards de francs. Les fonds se répartissaient comme suit entre les différents domaines :

FR Beschaffung Zentrale Bundesverwaltung

Sources : OFEV et Rapports

Tout dépend donc de la mise en œuvre et non du certificat ?

Exactement. La valeur se crée au quotidien dans le cadre du projet, et non dans le document attestant de sa conformité. L’analyse des risques en est un bon exemple. Sous la pression du temps, la tentation est grande de copier une analyse existante, de la modifier légèrement et de satisfaire ainsi à l’exigence formelle. Mais on ne profite que d’une véritable valeur ajoutée que lorsque l’équipe de projet s’y penche réellement en cherchant à identifier les risques spécifiques du projet, où se situent les défis et quelles mesures sont judicieuses pour les minimiser.

 

Comment vous assurez-vous que cette valeur soit mise en pratique au quotidien ?

Le secret est l'association entre la norme, la pratique et les personnes. La norme nous dit ce que nous devons faire, mais ne donne pas le modus operandi, ne nous dit pas comment faire. Or, c'est précisément cela qui est crucial.

 

Et comment arrivez-vous à intégrer cet élément dans l’organisation ? 

Il faut tout d’abord définir ce que nous entendons par « manière de procéder » sous forme d’un standard commun. Grâce à des formations dispensées à notre personnel opérationnel, mais aussi au soutien direct de spécialistes de l’environnement, de la sécurité et de la qualité, nous adaptons ces normes aux spécificités de chaque projet et donnons vie au système au sein du projet. Il s’agit là de questions très concrètes : comment définir, en collaboration avec l’équipe de projet, les objectifs de qualité pertinents ? Comment m’assurer que les exigences en matière d’environnement et de sécurité ne sont pas seulement connues, mais réellement comprises ? Et comment développer des mesures qui soient soutenues par l’équipe et qui aient un impact réel sur le projet ? Nous vérifions ensuite la mise en œuvre par le biais d’audits internes. Nous ne les considérons pas comme un instrument de contrôle, mais comme un processus d’apprentissage. Car il ne s’agit pas de cocher des cases, mais de nous améliorer en continu.

C'est un travail qui semble considérable.

Oui, ça l’est. Il faut toutefois distinguer deux aspects. D'une part, le suivi des systèmes sous-jacents, c'est-à-dire les processus, les outils et le personnel qualifié. Il est difficile d'évaluer globalement cet aspect, mais il est considérable. Parallèlement, ces systèmes contribuent de manière décisive à minimiser les risques dans nos projets. Ils aident à prévenir les incidents liés à la sécurité, à l'environnement et à la qualité. Nous les exploiterions même sans obligation de certification, car ils garantissent notre succès à long terme.

 

Et quel est l’autre aspect ?

C’est l’investissement direct lié aux audits et à la certification. Pour une entreprise de la taille d’Implenia, qui compte un peu plus de 100 sites certifiés, cet investissement représente annuellement un montant à six chiffres (dans sa fourchette basse) pour les trois normes ISO 9001, 14001 et 45001. Ce coût n’inclut pas le temps investi et les frais occasionnés en interne pour la préparation et la participation de notre personnel aux audits réalisés par l’organisme de certification.

Les cinq fournisseurs réalisant le plus gros chiffre d’affaires dans le secteur de la Construction travaillent principalement pour l’OFROU dans le domaine de la construction des routes nationales et des tunnels. 
Quatre de ces cinq fournisseurs sont des clients de la SQS.

FR Beschaffungsbereich Bau - 2

Sources : OFEV et Rapports

Vous évoquez les trois normes ISO. Quelles sont les certifications particulièrement importantes pour Implenia, dans le cadre des appels d'offres publics ?

Nous disposons de nombreuses certifications, notamment dans les domaines de la qualité, de l'environnement, de la sécurité au travail et du développement durable. Les normes principales sont les trois normes déjà mentionnées. Pour nos sites allemands, nous travaillons actuellement à la mise en place de la norme ISO 50001 dans le domaine du management de l'énergie. Et dans le domaine du développement durable, divers labels tels que SNBS, DGNB ou des notations comme Ecovadis prennent de plus en plus d'importance – bien que, pour l'instant, davantage dans le secteur privé que dans le secteur public.

 

Pour conclure : selon vous, dans quels domaines faudrait-il faire preuve de plus de discernement dans les appels d'offres publics ?

Les certifications sont importantes, mais elles doivent rester un moyen d'atteindre un but et ne pas devenir une fin en soi. Il est essentiel que les exigences soient adaptées à la taille et à la complexité d'un projet. Car au final, ce n'est pas le certificat sur papier qui compte, mais la qualité de la mise en œuvre dans le cadre du projet.

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