Exigences environnementales

«La durabilité n’est pas un sprint, c’est un marathon»

Claudia Furger

Claudia Furger

Publié le : 08.09.2026

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Pour la première fois, le Groupe MCH a fait évaluer son engagement en faveur du développement durable, de façon indépendante, selon le Sustainability Performance Standard (SPS) de la SQS. Pour l’entreprise spécialisée dans l’organisation de foires et de salons, la certification du système de management SPS n’est qu’une étape intermédiaire. Kim Berrendorf, Responsable du développement durable au sein du Groupe évoque cela comme si elle voulait ancrer la durabilité pour de bon dans une entreprise profondément implantée à Bâle et qui, en parallèle, met en relation les gens, les idées et les marchés partout dans le monde.

Pas à pas, la grue hisse l'immense bannière d'exposition le long de la façade du bâtiment. Durant un instant, le vent s’engouffre dans la toile telle une voile, puis elle se tend et est fixée. En bas, les camions manœuvrent, leurs avertisseurs de recul retentissent et les hommes en gilet fluorescent crient des instructions. L’Art Basel 2026 prend forme sur le site de la Foire de Bâle.

Installée dans une salle de réunion de la tour de la foire, surplombant l’effervescence des préparatifs, Kim Berrendorf est concentrée sur un autre sujet. La responsable du développement durable au sein du Groupe explique le déroulement des processus, passe à l’analyse de la double matérialité et donne des exemples concrets. L’auditeur de l’Association Suisse pour Systèmes de qualité et de Management (SQS) écoute, pose des questions et prend des notes. L’équipe de Kim Berrendorf ajoute des précisions, explique et fournit des preuves. C’est aujourd’hui l’audit de certification selon le Sustainability Performance Standard. Pour le Groupe MCH, c’est la première fois qu’il fait évaluer ses efforts en matière de durabilité par un tiers.

 

Pour beaucoup, le certificat que le Groupe MCH recevra par la suite marquerait la fin de ce chapitre, une raison de tourner la page. Pour Kim Berrendorf et son équipe, il n’en est rien. « Bien sûr nous serons fiers de décrocher la certification selon le SPS » dit-elle. Le certificat met en exergue tout le travail accompli au sein de l’entreprise et est source de crédibilité vis-à-vis de la direction, des clientes et clients, des organisateurs, de nos partenaires et des autorités. C’est un atout de poids, particulièrement dans un secteur dans lequel l’importance accordée à la durabilité dans les appels d’offres et les décisions des lieux d’implantation est toujours plus grande. A cela s’ajoute le lien étroit avec la ville de Bâle. Elle se profile depuis des années comme une destination durable et poursuit dans ce sens des objectifs ambitieux. Le Groupe MCH fait partie de cet écosystème; une certification indépendante renforce son positionnement dans cet environnement et rend les progrès mesurables.

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Sur la personne

En qualité de Responsable du développement durable au sein du Groupe MCH, Kim Maike Berrendorf est chargée de la stratégie de développement durable à l'échelle du groupe, de la gouvernance ESG, du reporting et de la mise en œuvre des initiatives de transformation. Auparavant, elle dirigeait le département Sustainability Management & Communication au sein du groupe Baloise (désormais le Groupe Helvetia Baloise). La spécialiste en psychologie économique, également titulaire d’un master en développement durable associe durabilité stratégique, communication et mise en œuvre concrète – avec un accent particulier sur l'intégration efficace de la durabilité au cœur des entreprises et de leurs modèles économiques.

Pourtant, pour Kim Berrendorf cette distinction présente d’autres atouts. « Le certificat apporte de la visibilité, les processus associés donnent des repères ». Car la certification SPS permet de porter un regard extérieur et indépendant sur notre propre organisation, aidant ainsi à évaluer les progrès accomplis, à identifier le potentiel et à définir les étapes suivantes. En parallèle, le Groupe MCH voit le SPS comme une obligation de développement continu. Car la durabilité n’est en rien un état que l’on atteint à un certain moment mais c’est un processus sans fin. La norme nous invite à ancrer ces exigences au quotidien. Mais la certification SPS ne raconte qu’une partie de l’histoire.

 

Ecouter avant de passer à l’action

En rejoignant le Groupe MCH en janvier 2024, Kim Berrendorf ne détenait pas la stratégie miracle. Avec l’aide de son équipe, elle a tout d’abord voulu comprendre comment – avec actuellement 1'348 employé·e·s et un résultat opérationnel de 429,6 millions CHF - l’organisation fonctionne. A ce titre, elle alla à la rencontre de collègues, de responsables de secteur et membres de la direction pour découvrir où des solutions durables existent déjà, quels sont les plus grands défis à relever et surtout, dans quels domaines le Groupe MCH peut réellement faire bouger les lignes.

Ces échanges personnels ont été décisifs, estime Kim Berrendorf rétrospectivement. Qui souhaite ancrer la durabilité dans une entreprise de cette taille ne peut se contenter d’écrire un concept et d’espérer que celui-ci soit mis en œuvre. Sa réussite dépend de personnes prêtes à s’engager dans cette démarche. De plus, ces personnes doivent comprendre en quoi ce sujet est pertinent pour leur travail au quotidien. « C’est pourquoi nous avons voulu faire, dans chaque secteur d’activité, le lien avec le travail ». Le développement durable ne doit pas être perçu comme un surcroit de travail mais comme étant une partie de la solution, que ce soit par des processus plus efficaces, une gestion plus réfléchie des ressources ou des nouvelles opportunités commerciales. Ce n’est que lorsque l’on prend pleinement conscience de ce bénéfice que les choses commencent à bouger.

 

 

Les échanges aboutissent au cadre DARE

Forts de ces enseignements, nous avons créé le concept «DARE». Ce mot anglais veut dire en français « audace ». Les lettres de cet acronyme signifient «Decarbonize», «Accelerate», «Rethink» et «Empower». Quatre champs d’action avec lesquels le Groupe MCH veut ancrer la durabilité au cœur de ses activités essentielles. DARE n’est pas seulement censé indiquer le chemin à suivre mais doit être le moteur du changement concret.

 

La cadre DARE s’appuie sur une analyse de matérialité approfondie. Dès 2022, le Groupe MCH avait déjà mené une enquête auprès de plus de 200 parties intéressées internes et externes sur l’ensemble de sa chaîne de valeur. Au total, 30 thèmes ont été examinés du point de vue de leur pertinence, de leur impact et de leur lien avec les droits de l’homme. En 2024, l’analyse a été mise à jour afin de prendre en compte les principes de la double matérialité, conformément aux European Sustainability Reporting Standards (ESRS). Pour ce faire, l’entreprise a adopté une double perspective : quelle est l’empreinte du Groupe MCH dans le monde et comment le monde façonne-t-il le Groupe MCH ? Les résultats ont été intégrés dans huit thèmes centraux qui constituent la base de la matrice de matérialité et qui sont vérifiés annuellement par le Global Sustainability Steering Council. Le comité interne interdisciplinaire se réunit tous les trimestres pour surveiller, évaluer et piloter les initiatives en matière de durabilité dans tous les secteurs d’activité.

Cependant, les analyses et les matrices demeurent abstraites si elles ne débouchent pas sur des actions concrètes. Un projet mené conjointement par le Groupe MCH, l’Atelier Pulfer + Aeberhard et le Musée des Beaux-Arts d’Interlaken montre concrètement ce que cela pourrait donner. Les panneaux de bois restants de l’Art Basel n’ont pas été jetés mais ont servi comme structure à un pavillon temporaire. Installé sur la Höhematte à Interlaken, ce pavillon accueillit l’exposition « Glass is a Mixture ». On peut aussi citer l’exemple d’Allschwil où un pavillon du Baselworld, entreposé depuis longtemps, a trouvé une nouvelle vocation au Eventlocation Yoko 2026. Ces projets, et bien d’autres, montrent que la pensée circulaire ouvre la voie à de nouveaux partenariats et offre aux matériaux une seconde « vie ». 

 

Un dialogue amorcé au niveau local, à l'impact global

Pourtant Kim Berrendorf sait que tous les concepts ne fonctionnent pas de la même manière. « Nous voulons avoir un impact positif là où nous pouvons réellement exercer une influence » dit-elle. Grâce aux échanges, à la visibilité et à la promotion de solutions durables tout au long de la chaîne de valeurs. « Cette influence varie toutefois énormément d’un endroit à l’autre ». A Bâle, les conditions applicables sont différentes de celles en vigueur sur les sites à l’étranger. Ce qui est la règle en Suisse – reporting transparent, objectifs climatiques ambitieux, attentes de la société en matière de responsabilité des entreprises - n’en est encore qu’à ses débuts ailleurs. « Nous ne pouvons pas exiger le même standard de qualité partout » ajoute Kim Berrendorf. « Mais nous pouvons montrer ce qui est possible ». Le développement durable ne serait donc pas un ensemble de mesures uniformes que l'on mettrait en œuvre de la même manière partout dans le monde, mais un dialogue qui commence au niveau local et a un impact à l'échelle mondiale. 

C’est la raison pour laquelle le Groupe MCH recherche résolument les échanges avec ses partenaires et les institutions qui poursuivent des objectifs similaires. Depuis 2024, l’entreprise fait partie du Conseil de développement durable de Bâle-Ville. Avec Swisstainable Schweiz, l’UFI Sustainability Working Group et la Gallery Climate Coalition elle entretient des partenariats qui vont au-delà des projets individuels. De plus, le Groupe MCH s’engage dans l’initiative sectorielle Net Zero Carbon Events, qui veut booster la transition de l’industrie internationale de l’événementiel vers le zéro net.

«On ne cesse de s’améliorer, on ne fait jamais bien du premier coup » et Kim Berrendorf de conclure, « et le développement durable prend du temps. Il ne s’agit pas là d’un sprint mais d’un marathon ». Elle sourit, ferme son ordinateur portable et rassemble ses dossiers. En bas, sur le site de la foire le chantier a bien progressé. L’immense bannière d'exposition recouvre désormais toute la façade du bâtiment. Les barrières de sécurité et les premiers matériaux destinés au montage des stands ont été livrés. Ce qui était en cours de mise en place au matin a bien progressé dans l’après-midi. Pas encore terminé, mais cela a bien avancé.