Ce qu'elle va (ou ne va pas) changer: 7 affirmations sur la nouvelle norme ISO 14001:2026
Publié le : 05.03.2026
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L’ISO 14001 est la norme la plus importante à l’échelle mondiale en matière de management environnemental. Faut-il pour cela s’attendre à ce que sa révision ait un impact majeur sur les pratiques des entreprises et l’environnement? Ou bien la nouvelle norme ISO 14001:2026 restera-t-elle en deçà des exigences sociales et des évolutions technologiques? La SQS a soumis sept affirmations sur la révision à un développeur de normes, à une utilisatrice et à un utilisateur, à un consultant et à un membre de la Direction SQS.
René Wasmer représente l’Association Suisse de Normalisation (SNV) et donc la Suisse au sein du Comité ISO en charge de la révision de l’ISO 14001.
Nadine Wissen dirige les départements achats, durabilité et environnement dans l’entreprise de construction du Haut-Valais Ulrich Imboden AG.
Le Dr. Clemens Lang œuvre en tant que consultant en développement durable et systèmes de management et gère des mandats notamment dans le secteur de la santé, entre autres pour le Centre suisse des paraplégiques (CSP) et l'hôpital fribourgeois (HFR).
Peter Steinmann est Head of Quality Management chez Galliker Transport & Logistics. Il est responsable notamment du système de management environnemental selon ISO 14001.
Patrick Rossi est membre de l’Executive Committee de la SQS en charge des opérations francophones de la SQS (>1 700 clients), ainsi que membre de la commission d’experts de la SQS.
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René Wasmer: Oui. La norme ISO 14001:2026 va fortement influencer la pratique. Elle met davantage l'accent sur la manière dont les entreprises peuvent contribuer réellement à des questions environnementales importantes pour la société et améliorer leurs performances environnementales. Les thèmes sous-jacents ont été élargis et leur application précisée. La norme sert à la fois de soutien et de guide, par exemple pour déterminer si les risques et les opportunités environnementaux sont correctement identifiés, compris et exploités de manière efficace. Cela profite à l'environnement, à l'économie et à l'entreprise elle-même.
Nadine Wissen: Oui, car la révision intègre dans le texte normatif, avec davantage de visibilité, des thèmes tels que le changement climatique, la disponibilité des ressources, la biodiversité et l'état des écosystèmes et précise les exigences en matière d'évaluation des risques et des opportunités ainsi que de gestion des prestations externes. Pour une entreprise de construction, cela touche directement la pratique sur les chantiers, la chaîne d'approvisionnement et la gestion de l'entreprise. Si, à l'avenir, la norme réclame plus sévèrement de prendre systématiquement en compte les conditions environnementales dans le contexte et auprès des parties intéressées, la pression augmentera pour hiérarchiser clairement les aspects environnementaux essentiels non seulement en interne, mais aussi tout au long de la chaîne de valeur, et pour les gérer de manière vérifiable.
Clemens Lang: Oui et non. La nouvelle norme aborde des aspects qui gagnent en importance depuis un certain temps déjà et qui sont désormais considérés comme de bonnes pratiques. Des organisations telles que le CSP qui ont toujours pris au sérieux leur système de management environnemental et tenu compte des évolutions actuelles, comme la double analyse de matérialité ou l'économie circulaire, sont bien préparées aux nouvelles exigences. En revanche, les entreprises qui ne remplissaient jusqu'à présent que les conditions minimales pour obtenir la certification devront faire face à des changements notables dans la pratique.
Peter Steinmann: Non car la révision n’est pas suffisamment profonde. Pour les utilisateurs que nous sommes cela n’apportera certainement pas que du négatif.
Patrick Rossi: Oui, certainement. Même si la révision est limitée, elle aura des effets importants sur les pratiques des organisations, car cette norme constitue un cadre central du management environnemental et les clarifications apportées à cette nouvelle version nécessiteront une adaptation des organisations. L’évolution de cette norme implique l'adaptation des procédures internes, des audits, et parfois de la stratégie globale, grâce à son approche holistique. Cette révision traduit également de nouvelles attentes sociétales et environnementales, notamment en matière de gestion des risques et de performance environnementale.
René Wasmer: Non. Ce qui fait toute la différence pour un management environnemental rentable reste l'engagement des entreprises en faveur du développement durable et la poursuite d'objectifs ambitieux. Pour ce faire, la norme constitue l’instrument parfait. De plus, sa révision a clarifié son application, à condition de tenir compte des annexes. La norme fournit des orientations, permet des discussions objectives et soutient des solutions viables. Comme elle repose sur un consensus mondial, les stratégies et les modèles commerciaux qui répondent aux exigences de la norme ISO 14001 bénéficient d'une large reconnaissance.
Nadine Wissen: Non, car dans la construction, nous avons besoin d'une marge de manœuvre. Les chantiers, les projets, les risques, les autorisations et les conditions cadres varient considérablement. Une norme trop rigide favoriserait davantage le formalisme que l'efficacité. Il est essentiel que l'intention soit claire et que les lignes directrices contribuent réellement à une interprétation cohérente des exigences.
Clemens Lang: Il est important que les normes ISO offrent une marge de manœuvre pour une mise en œuvre spécifique à chaque secteur et à chaque entreprise, tout en conservant une structure claire et harmonisée. Le système de management peut ainsi être adapté aux besoins individuels. Heureusement, cela n'a pas changé avec la révision. Néanmoins, les nombreuses précisions et uniformisations apportées par la nouvelle norme ISO 14001 sont utiles.
Peter Steinmann: Oui et non, parce que les entreprises ont besoin d’une part, d’une certaine marge d’interprétation et d’action mais d’autre part, l'interprétation de la norme peut varier fortement selon la situation.
Patrick Rossi: Non, au contraire, elle serait perçue comme une obligation pouvant susciter un rejet de la part des organisations. En laissant une marge d’interprétation, la norme ISO 14001 offre une grande flexibilité qui facilite la mise en œuvre opérationnelle, notamment pour les petites et moyennes organisations. Cette souplesse est une force, car elle permet d'adapter le système de management aux spécificités de chaque contexte.
René Wasmer: C’est faux. La norme ISO 14001:2026 met clairement l'accent sur les principaux défis écologiques de notre époque. Elle exige des entreprises qu'elles tiennent compte de leur environnement économique et écologique dans l'évaluation des risques et des opportunités. Elles doivent en outre définir des objectifs et des mesures concrets et améliorer en continu leurs progrès mesurables. La norme fournit également des informations supplémentaires sur des thèmes sociaux et des domaines environnementaux centraux tels que le climat, la biodiversité, les écosystèmes, les ressources, les déchets et l'eau.
Nadine Wissen: Oui, car la norme reste un cadre de gestion et ne définit pas d'objectifs ambitieux en termes de contenu. Elle n'impose pas automatiquement des objectifs scientifiques ou un certain niveau d'exigence dans la chaîne d'approvisionnement. Elle peut toutefois être efficace si elle est utilisée de manière cohérente pour aborder les principaux leviers dans la construction, tels que le choix des matériaux, la recyclabilité, l'énergie et les émissions sur les chantiers, les transports, les flux de déchets, la protection de l'eau et des sols ainsi que les effets sur la biodiversité. Sans une volonté claire de la direction de l'entreprise et sans objectifs mesurables, elle reste toutefois trop vague.
Clemens Lang: La nouvelle norme se concentre sur les crises écologiques majeures. Mais aussi précieuse soit-elle, une norme seule ne suffit pas. Ceux qui ont mis en place un système de management environnemental savent que la réalisation des objectifs et l'efficacité dépendent essentiellement de la volonté de la direction et de l'engagement des collaborateurs. La prise de conscience croissante de la société et les attentes qui en découlent poussent également les entreprises à relever ces défis.
Peter Steinmann: C’est plutôt vrai. Car aujourd’hui le marché, les autorités et la société et plus généralement toutes les parties prenantes internes et externes attendent des positions claires sur les questions environnementales pertinentes. Des labels internationalement reconnus tels que Science Based Targets, CDP ou EcoVadis, qui fonctionnent avec des exigences clairement définies, peuvent également servir de fil conducteur.
Patrick Rossi: Cette révision de la norme constitue un outil essentiel pour structurer la gestion environnementale des organisations et leur permettre de faire face aux défis écologiques actuels. Cependant, elle reste probablement insuffisante et dépend des ambitions et des engagements réels des organisations et des secteurs qui l’appliquent.
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René Wasmer: Non, parce que la compétence et l'indépendance ont toujours été les critères d'une certification crédible. Lors de sa création en 1983 la SQS s’était déjà fixé cette priorité dans sa mission et l'a depuis lors menée à bien avec succès. Il reste toutefois important que la densité réglementaire en matière de procédures d'évaluation de la conformité ne continue pas à augmenter de manière excessive et que les formalités dans les processus de contrôle ne soient pas surévaluées. Les procédures de surveillance administrative, parfois rigides, qui s'appliquent aujourd'hui aux organismes d'essai et de certification devraient être simplifiées et rendues plus efficaces afin de favoriser une pratique d'évaluation de la conformité favorable à l'économie.
Nadine Wissen: Oui, car avec les exigences précisées concernant les processus, produits et services fournis, ainsi que les exigences formelles relatives au programme d'audit, aux objectifs d'audit et à la revue de direction, la qualité de l'audit est encore plus déterminante pour l’utilité ou la simple conformité sur papier. Pour nous, la valeur ajoutée est élevée lorsque les auditeurs comprennent la réalité du secteur de la construction et vérifient de manière pragmatique si le contrôle, les preuves et l'efficacité correspondent, au lieu de se contenter de cocher des check-lists.
Clemens Lang: Les exigences augmentent mais les organismes de certification sont compétents et bien préparés. Pour les organismes certifiés, la tâche devient plus difficile. Il peut alors être important de pouvoir compter sur un consultant expérimenté, compétent et pragmatique qui connait le secteur et l’entreprise et qui l’accompagne dans le développement spécifique du système de management. Les organismes de certification ne peuvent et ne doivent le faire que dans une mesure très limitée étant donné que le conseil et la certification doivent être indépendants l’un de l’autre.
Peter Steinmann: Je ne peux pas répondre à cette question.
Patrick Rossi: Probablement. La crédibilité d'une certification dépend, entre autres, de l'organisme certificateur et de son accréditation, c'est-à-dire de sa capacité à évaluer la conformité d'un système de gestion environnementale de manière neutre et impartiale. La SQS possède clairement cette faculté, s'appuyant sur un grand nombre de spécialistes capables de vérifier la conformité du système de management et d'en démontrer en profondeur son application, en se basant sur des éléments factuels et tangibles.
René Wasmer: Oui, exactement.
Nadine Wissen: Absolument car un effet durable est obtenu lorsque des priorités claires, des objectifs mesurables, des responsabilités et une mise en œuvre cohérente sont appliqués au quotidien, plutôt que dans le cadre d'actions individuelles ou d'une belle documentation.
Clemens Lang: Les personnes engagées sont primordiales. La norme offre toutefois une structure utile pour que l'énergie disponible et la volonté de changement soient utilisées de la manière la plus judicieuse possible.
Peter Steinmann: Oui, car une entreprise peut et doit en faire toujours davantage. Ce n’est pas la norme qui doit être le moteur mais la culture d’entreprise.
Patrick Rossi: Absolument. La culture d’entreprise et l’engagement du management sont des facteurs clés de la réussite d’un système de gestion. L’engagement de tous les collaborateurs, à tous les niveaux de l’entreprise, est essentiel pour assurer la pérennité et la robustesse d’une démarche environnementale.
René Wasmer: Non, au contraire. Les résultats escomptés qui découlent des exigences normatives et sont intégrés dans le système d'objectifs de l'entreprise, sont représentés de manière intégrée dans le système de management de l'entreprise. Les technologies de l'information et les ERP robustes sont importants pour le système de management, mais aussi pour l'intégrité des données et la gestion de la continuité des activités.
Nadine Wissen: Non, car les bons systèmes permettent justement de mesurer la valeur ajoutée. Il faut pouvoir retracer les projets, les sites, les flux de matériaux, les certificats d'élimination, les autorisations, les instructions, les données des fournisseurs et des sous-traitants. Les systèmes ERP, DMS et les flux de travail numériques permettent de mesurer et d'auditer les performances environnementales lorsqu'ils sont correctement gérés. L'IA peut aider au niveau de l'évaluation, de la vérification des documents et de la reconnaissance des modèles, mais elle ne remplace ni la responsabilité ni les décisions techniques.
Clemens Lang: Non. Conformément aux besoins de l'organisation et bien intégrés dans les processus et la culture organisationnels existants, ces outils numériques innovants constituent des compléments utiles aux systèmes de management, en particulier dans le secteur de la santé. Le système de management intégré offre le cadre dans lequel ils peuvent être utilisés de manière judicieuse.
Peter Steinmann: Non, parce que ces systèmes sont « uniquement » destinés à soutenir le système de management basé sur la norme et non à le diriger.
Patrick Rossi: C'est tout le contraire. Les outils numériques, conçus et appliqués correctement pour soutenir la mission principale des organisations et des entreprises, sont des accélérateurs qui consolident et facilitent la création de valeur ajoutée des systèmes de management selon les normes ISO. Les organisations certifiées qui utilisent des outils numériques actuels ont un avantage concurrentiel indéniable, notamment dans le domaine de la durabilité.
René Wasmer: Non, car la mesure, la surveillance et l’amélioration continue sont obligatoires dans l’ISO 14001:2026. La norme tient également compte de la question de la base de données appropriée et de la fiabilité des données. Elle couvre ainsi les éléments fondamentaux du reporting en matière de développement durable. Dans le contexte économique actuel, la question qui se pose plutôt est celle d'un reporting de développement durable proportionné, qui n'impose pas une charge administrative trop lourde aux entreprises.
Nadine Wissen: Non, car sans processus de management fiables, les obligations de reporting se transforment rapidement en une simple collecte de données. L’ISO 14001 fournit la structure nécessaire pour établir la qualité des données, les responsabilités, les objectifs, les mesures, le suivi et les corrections de manière à garantir la fiabilité des rapports. C’est crucial pour une entreprise de construction car les clients, les pouvoirs publics et les labels réclament de plus en plus de preuves et parce que sans système, nous ne pouvons ni maîtriser les risques ni avoir une courbe d'amélioration crédible.
Clemens Lang: Non, les normes ISO fournissent la base adéquate pour établir des rapports crédibles et fondés. Les systèmes de management et les rapports se complètent à merveille.
Peter Steinmann: Non, car seule la norme garantit un système de management environnemental moderne et actif.
Patrick Rossi: Non, certainement pas. La cacophonie persistante dans le domaine de la durabilité, du développement durable et sociétal, aussi mesurable soit-elle, fait de la norme ISO 14001 la seule référence reconnue à tous les niveaux (privés, publics, nationaux et internationaux) pour traiter des aspects environnementaux systémiques. À la différence des labels « marketing » et des démarches obligatoires, cette norme permet aux entreprises d'obtenir des résultats tangibles en l'adaptant à leurs défis, en privilégiant l'amélioration continue et en veillant à ce qu'aucun conflit d'intérêts n'existe entre l'éditeur de la norme et l'organisme de certification.
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